Intervention de Delphine Bürkli lors de l'examen du budget primitif pour 2010 de la ville de Paris | |
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Mais la Ville est aujourd'hui au pied du mur. Et votre adjoint, Mr Bernard Gaudillière se voit dans l’obligation de revenir au bon vieux principe de réalité budgétaire. Il ne faut plus s'étonner, dans un tel contexte, si la Ville se voit contrainte d'augmenter les impôts locaux de 8%, dont +30% pour la taxe foncière, ce qui représente une hausse tout à fait remarquable de 25% des impôts locaux sur ces deux dernières années. Mais me direz-vous, il faut bien financer les dépenses du passé et faire face aux conséquences des engagements pris entre 2001 et 2009. Cette politique a toutefois une conséquence claire pour les Parisiens : le poids de la fiscalité payée par les ménages parisiens s’est considérablement alourdi ; les différents impôts et taxes, qui représentaient 1,7 Md€ au budget 2001, sont passés à 2,4 Mds€ au budget 2008. En d’autres termes, chaque Parisien payait en moyenne 809€ en impôts et taxes en 2001. Ils se montaient à 1 143€ en 2008, soit +42% sur la période, et nous risquons de nous approcher très certainement des 1 300€ en 2010 par habitant. Il n'y a pas là matière à se réjouir. Concernant plus spécifiquement les prévisions de dépenses prévues par le budget 2010, je voudrais plus spécifiquement insister sur les deux points suivants : Premièrement, le budget 2010 de la Ville de Paris est un budget qui hypothèque très clairement l'avenir de notre collectivité : La hausse continue et forte des dépenses de fonctionnement limite toute marge de manoeuvre de la Ville pour les années à venir et montre l'incapacité de cette administration à gérer les structures municipales. Deux points méritent d'être soulignés : le dérapage des dépenses de fonctionnement et l’envolée spectaculaire de la dette. - Tout d'abord, la hausse des dépenses de fonctionnement, ville et département, entre 2000 et 2009, est passée de 4,087 Mds€ à 5,96 Mds€, soit +45% pour une inflation de +16% sur la période. Pour ne retenir que les trois dernières années, ces dépenses ont cru de 9,5% entre 2007 et 2010, soit une moyenne d'environ + 3,1% par an, un chiffre toujours supérieur à l'inflation qui n'était que de 1,5% en 2007, 2,8% en 2008 et devrait être comprise entre 0,2% et 0,4% en 2009. Le tendanciel des dépenses de fonctionnement est donc spectaculairement à la hausse et l'augmentation des dépenses sociales de la Ville de Paris, du fait de la crise économique que nous connaissons, n'explique pas tout. Cette hausse montre surtout que le maire et son conseil ne maîtrisent plus les évolutions de structure de la Ville, comme le montre la hausse marquée des dépenses de personnel depuis 2001. On est ainsi passé de 39.414 agents en 2000 à 49.927 fin 2009, sans véritable action municipale ou départementale justifiant une telle hausse de plus de 25% des effectifs sur neuf ans. L'argument de l'intégration des contractuels ne tient donc pas. - L'envolée spectaculaire de la dette ensuite : depuis 2001, la politique du maire de Paris a eu pour effet de faire augmenter la dette de notre collectivité de 138% sur la période 2001/2010 (soit le double de l'augmentation de la dette de l'Etat durant la même période). J’en arrive à mon deuxième point : les arguments du type "nous privilégions l'investissement" ne tiennent pas non plus une seule seconde : - L'investissement reste à un modeste + 0,7% pour 2010 par rapport à 2009, ce qui reste certes légèrement supérieur à l'inflation mais n'incite pas particulièrement à un triomphalisme débridé. Je souligne d'ailleurs de manière générale qu'une partie non-négligeable de ces investissements sont liés à de trop nombreux travaux de voirie ces huit dernières années dont l'intérêt pour la collectivité et les Parisiens ne me paraît pas toujours démontré, comme l’a rappelé Jean-François Lamour ce matin au cours de son intervention. - Enfin, plus grave, l'avenir est hypothéqué au vu du ralentissement phénoménal des autorisations de programme (AP) avec environ - 41% entre 2009 et 2010, dont - 46,77% pour les seules AP de la commune. En clair, la Ville est obligée de tirer la conclusion de sa politique dispendieuse et irréfléchie. Elle se trouve contrainte de réduire la voilure en sacrifiant les investissements futurs, ce qui est très exactement le contraire de ce pour quoi elle justifie sa politique d'aujourd'hui. Face à cette situation très difficile, et compte tenu de ce contexte, le Maire doit impérativement diversifier les financements, et ne plus raisonner les volets fermés sur l’extérieur. A l’instar de ses collègues à la tête des grandes capitales européennes, Madrid, Lisbonne, Copenhague, le Maire de Paris doit être plus innovant dans le montage des projets et aller au devant des institutions pour trouver l’argent nécessaire. A aucun moment, dans l’intervention que j’ai écoutée attentivement ce matin, le Maire ne fait référence aux financements européens, comme il ne parle non plus d’ailleurs de projets qu’il aurait défendus au niveau régional dans le cadre des contrats de plan Etat-Région. L’Europe devient sur les projets structurants la première source de financement des collectivités locales. Et au-delà des financements FSE ou FEDER, la Ville doit chercher à financer ses projets avec l’aide de la Banque européenne d’investissement, dont la vocation première est d’aider les collectivités locales et les PME. Que ce soit en matière de transport – et je rappelle que la BEI vient d’accorder 500 millions d’euros pour le rallongement du tramway parisien le T3 – qu’en matière de développement des technologies vertes et solaires, du développement des voitures propres ou de la construction des bâtiments, la BEI devrait être un partenaire essentiel pour la Ville. Elle pourrait participer aussi à des opérations de rénovation urbaine ou encore à la réhabilitation des établissements hospitaliers – qui dans la capitale en ont grand besoin. Avec le déclenchement de la crise économique, je rappelle que la BEI a déployé, dans le cadre du plan de relance européen, des moyens exceptionnels en faveur des PME européennes, plus de 30 milliards d’euros, dont 1.35 milliards sous la forme de prêts pour les PME françaises. C’est au Maire de la Ville d’accompagner ses aides et d’en informer les Parisiens, c’est au Maire de Paris de positionner la Ville par rapport aux autres grandes capitales européennes. C’est au Maire de faire en sorte que la Ville soit bien plus présente qu’elle ne l’est aujourd’hui sur le front européen pour tirer profit de la forte contribution nette française à la construction européenne qui doit être aussi un gage de prospérité pour tous les Parisiens. Dans ce cadre, permettez-moi de vous suggérer fortement, Monsieur le maire, de nommer auprès de vous un adjoint spécifiquement chargé de porter politiquement les projets parisiens à Bruxelles. Parce que l’Europe, ce ne sont plus les affaires internationales mais l’Europe, c’est devenu le quotidien des Parisiens. Encore faudrait-il vivre avec son temps. Encore faudrait-il surtout que vous ayez la volonté de faire de Paris une des plus attractives capitales européennes, alliant qualité de vie et nécessaire développement économique. Ce matin, cette ambition européenne était totalement absente de votre intervention et je le regrette. |